Retour sur le 21-Day Composition Challenge

Depuis le début de l’année 2019, je m’étais, pour des raisons qui m’échappent, distancié de l’écriture musicale. Lorsque j’ai entendu parler du 21-Day Composition Challenge de Video Game Music Academy, qui consiste à écrire 21 idées musicales en 21 jours, je me suis dit que c’était l’occasion de se remettre un peu sur les rails. Je considère que se consacrer à la pratique musicale par le biais de l’écriture et du jeu d’un instrument permet de mieux cerner les enjeux compositionnels lors d’une analyse. À l’inverse, un praticien se doit de comprendre les œuvres qu’il joue pour mieux les interpréter. Analyse et pratique sont les deux faces d’une même pièce, ce qui me fait dire que les musiciens, musicologues ou compositeurs les plus complets sont à la fois sur les deux fronts. Les exceptions existeront toujours, mais pour la majorité des aspirants musiciens et musicologues, je recommande de pratiquer avec ses bras et avec sa tête pour voir une amélioration du rapport qu’il entretient avec l’objet musical. Cette recommandation s’adresse uniquement à ceux qui souhaitent en faire leur métier. Dans l’absolu, l’appréciation de la musique ne nécessite pas obligatoirement la pratique d’un instrument. Comme j’avais pu l’écrire précédemment, la connaissances de quelques notions permettent de mieux apprécier la musique, ce qui est déjà amplement suffisant, la pratique d’un instrument nécessitant un temps que tout le monde n’a pas.

Pour ce défi, nous avions dressé avec des amis une liste de thème récurrents dans les jeux vidéos, tels que « Village », « Château », « Maison hantée », « Forgeron »… À partir de ceux-ci, nous nous laissions un jour pour écrire une idée, qui pourrait être développée ultérieurement, ou une boucle musicale. Le choix des formations et du type de musique étaient laissés à l’appréciation de chacun. Pour ma part, j’ai essayé de toucher à un grand nombre de genres et de formations, plus ou moins inspirés par des morceaux déjà existants. Par exemple, la musique du cinquième jour, sur le thème « Araignée », est inspirée par la musique Rom, the Vacuous Spider du jeu Bloodborne (2015).

D’autres, tels que Village ou Inn, sont écrites pour orchestre et ne trouvent pas initialement leur inspiration dans la musique de jeu vidéo, bien que la sonorité s’en rapproche.

Pour terminer sur ce sujet, une pièce telle que Haunted House trouve son inspiration dans le milieu du cinéma, avec le film Beetlejuice (1988).

Comme on peut le constater, les influences, les formations et les procédés d’écriture que j’utilise varient d’une pièce à l’autre. Je suis persuadé que la polyvalence est un plus lorsqu’il est question de musique à l’image.

Dans mon article La musique de jeu vidéo : histoire, principes et enjeux, j’avais mentionné que les compositeurs de musique de jeu vidéo, et plus généralement de musique à l’image, ont la possibilités d’accéder à des instruments virtuels plus ou moins chers qui permettent de reproduire le son d’instruments électroniques et acoustiques. Certaines sociétés fournissent des banques de sons conséquentes qui ont pour objectif de démocratiser l’accès à certains types de formation nécessitant de nombreux musiciens, comme celle de la musique d’orchestre. Toutefois, ces méthodes ne sont pas encore facilement accessibles aux amateurs, aux plus jeunes ou aux moins riches, car certaines banques de sons, parfois pour une seule famille d’instruments, peuvent avoisiner les 500€. Il existe cependant des alternatives moins chères, mais de moins bonne qualité. Il est indéniable que l’accès à une capacité de production musicale de qualité s’est démocratisé au fil du temps, mais il y a encore de la route à faire. À l’heure actuelle, pour parer à cet état de fait, certaines sociétés proposent de « louer » les instruments virtuels de leur catalogue pour une durée mensuelle ou annuelle. Les compositeurs ont ainsi accès à une très grande quantité de sons pour une plus modique somme lorsque l’adhésion est pensée sur le court terme. Il faut également saluer les initiatives qui ont pour objectif de réduire drastiquement les coûts d’achat ou de location pour les étudiants dans le domaine. Pour des raisons évidentes, je ne citerai aucune société ni produit, ce site n’ayant pas vocation à faire des tests ou de la publicité pour ceux-ci.

Le principal défaut de ces banques de sons, c’est qu’elles laissent peu de place aux traits virtuoses et à des procédés d’écriture plus atypiques, relevant par exemple de la musique contemporaine. Pour résoudre ce problème, des banques de sons spécifiques à ces approches fournissent parfois des traits pré-écrits, qui peuvent être directement insérés dans une composition. Nous avons à faire, par ce type de procédé, à un mélange entre la composition « classique », héritée de la tradition écrite, et la composition électronique. Cette dernière ne repose pas essentiellement sur un développement harmonique ou mélodique, mais sur le travail du timbre et la superposition de boucles et de séquences. Le trait préenregistré est une séquence qui se superpose à d’autres, également préenregistrées ou écrites pour l’occasion. La musique écrite pour orchestre de cette manière fait ainsi appel à des enjeux très différents au niveau compositionnels, qui relèvent d’un mélange entre musique savante et musique populaire de type électronique, dans laquelle le recyclage et l’utilisation d’échantillons sonores sont courants. Ceci a pour effet de rendre difficile la catégorisation de la musique écrite de cette manière selon la vision ternaire : musique savante, musique populaire et musique traditionnelle. Elle n’est à coup sûr par traditionnelle. Elle se situe entre les deux autres.

Le grand bémol de la sur-utilisation des instruments virtuels et de leurs préréglages est que ceux-ci restent en grande majorité dirigistes. Ils sont parfois destinés à des types de productions en particulier, ce qui a pour effet de renforcer la standardisation musicale. Le compositeur lambda participe ainsi à l’industrialisation de la production, dans laquelle il faut travailler vite au moyen des formules et des recettes qui ont fait leur preuve, gommant peu à peu les productions plus atypiques et celles écrites plus longuement avec le cœur. Malgré tout, on constate qu’il est possible de sortir de ce carcan, ne serait-ce qu’en prenant le temps de travailler méticuleusement chacune des notes dans leur nuance et leur expression. Plusieurs productions font appel à des instruments acoustiques qui, une fois mélangés aux virtuels, adoucissent la sonorité de ces derniers et réhumanisent l’ensemble. Il ne sert à rien de dresser un tableau trop sombre de la situation, car même si une standardisation a lieu, de nombreuses approches alternatives sont à l’œuvre.

En parlant de vitesse de production, la cadence imposée par le challenge oblige les participants à ne pas trop perdre leur temps sur certains aspects et à mettre sur pieds une idée générale qui pourrait servir de terreau au développement d’une idée plus large. Dans ce cadre, le résultat faisant office de premier jet doit être publié sur internet. Ceci a pour effet de décomplexer le perfectionniste que je suis à présenter son brouillon, car un problème primordial se présentait souvent à moi : celui d’être dans l’incapacité de publier une idée quotidienne en restant bloqué sur cette composante. Et pourtant, j’y suis arrivé. L’engouement d’être une communauté participant au même défi crée une synergie entre les participants qui se motivent indirectement les uns et les autres. J’ai énormément apprécié cette expérience et je vous invite à participer aux prochains volets si vous en avez l’occasion.

3 commentaires

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s