Aerith’s Theme de Final Fantasy VII (1997)

Aeris - En-tête

Si un classement des personnages les plus mémorables du jeu vidéo était effectué, il ne serait pas étonnant de voir Aeris de Final Fantasy VII (1997) en tête de liste, ne serait-ce que par le fait qu’elle est un healer des plus utiles qui sera enlevé au joueur durant l’aventure. Cette audace scénaristique restera gravée dans les mémoires. Pour parer à cet état de fait, j’ai voulu lui rendre hommage en analysant de manière approfondie son thème dans le jeu.

Comme pour le Main Theme d’Octopath Traveler (2018), voici une partition du morceau analysé au format pdf. La partition est issue d’un midi remis en ordre, avec un petit travail d’orchestration pour la lisibilité et une cadence de clôture. Pour des raisons techniques, les renversements des accords ne sont pas indiqués sur la partition. Si cela est nécessaire, ils le seront dans le texte. La partition est en tonalité de concert pour faciliter la lecture des instruments transpositeurs.

Le morceau se divise en quatre sections qui forment une boucle. Le ton principal est majeur. La section A fait entendre le thème au piano dans sa première partie, auquel répond l’orchestre dans sa seconde partie en reprenant le début du thème pour l’emmener mélodiquement et harmoniquement vers une clôture. Le choix de la cadence est loin d’être anodin. Uematsu opte pour une cadence plagale, plus solennelle, et non une cadence parfaite. La deuxième partie est dans le ton de si mineur, relatif mineur de majeur. Plus aéré au niveau de l’orchestration, elle fait la part belle aux bois. La fin de cette section est à nouveau ponctuée par une cadence plagale qui permet de revenir dans le ton principal. La section C est dans un style choral. L’écriture y est plus contrapuntique, c’est-à-dire que chacune des voix possède sa propre mélodie dans un contexte plus égalitaire où aucune d’elle ne sort du lot pour imposer aux autres le rôle d’accompagnement. Cela se solde par un rythme harmonique plus resserré. La section D fait entendre une voix seule qui nous ramène au début de A. Dans la partition, je me suis permis d’écrire une petite cadence imparfaite V6 4 – I. Après ce court aperçu de la structure générale, abordons plus en détail chacune des sections.

FFVII - Aerith's Theme (A - 4 mesures)Comme je l’ai mentionné, la section A débute par quatre mesures au piano. Au niveau harmonique, il s’agit d’une simple alternance entre les degrés de tonique et de dominante. Alors que le premier est enrichi d’une neuvième, le second fait entendre un do bécarre en guise de tierce, ce qui indique un mode majeur sans sensible. Il s’agit du mode de sol, mode majeur à tendance mineure, dont la note caractéristique – N.C. dans la partition – est une septième mineure. Toutefois, le do redevient dièse à la mesure suivante. Il joue le rôle d’une septième majeure de l’accord de neuvième majeure. Si le do# n’était pas une note d’harmonie, la dernière croche de la mesure ne trouverait pas de justification mélodique.

Cette mobilité du do, qui oscille entre bécarre et dièse en fonction du degré, est intéressante. Le fait qu’il soit bécarre sur un accord de dominante en fait la note caractéristique du mode de sol. Il transforme l’accord de dominante en accord mineur. Ceci apporte une touche triste et mélancolique au mode majeur. Cette sonorité mineure au départ d’une tonalité majeure permet d’éviter l’enchaînement classique I – V – I. Si le do avait été dièse sur le degré de dominante, le résultat aurait été trop joyeux. Ceci n’aurait plus collé au personnage d’Aeris, jeune fille douce et attachante au passé difficile.

Aeris - Thème avec sensibleÀ l’inverse, l’utilisation d’un do bécarre sur l’accord de majeur aurait créé une dominante secondaire qui n’aurait pas trouvé de résolution, en plus d’amoindrir le contraste entre l’accord de tonique et celui de dominante. Le do# jouant le rôle d’une septième majeure apporte lumière et clarté à la mesure. Cette mobilité du do est l’élément important de cette première partie. Il pourrait presque symboliser l’ambivalence d’Aeris, qui est restée très altruiste malgré ce qu’elle a vécu, à savoir la mort de son père, l’enlèvement et les expériences de la Shinra puis la mort de sa mère.

Aeris - Mesures 5-10Dans la partie d’orchestre de la section A, les accords des mesures 7 et 8 sont des emprunts au ton direct de mineur. Ce procédé est facilité par la mobilité du do, qui reste bécarre. Il est une note constitutive de la gamme de mineur, mode de la. Aux mesures 8 et 9, la cadence plagal IV – I, en mineur, apporte un côté solennel non négligeable, d’autant plus qu’il est précédé d’un bVI en position fondamentale. Le personnage d’Aeris possède un caractère sacré dans l’histoire de Final Fantasy VII. Elle est la dernière descendante des Cetra, une race ancienne aux puissantes capacités. Malgré le fait qu’elle soit métisse – son père est humain -, elle développe des dons, comme celui de pouvoir communiquer avec la Planète.

Il est à noter que l’accord de tonique de la neuvième mesure conserve son fa#, qui sonnerait presque comme une tierce picarde dans le contexte – une tierce majeure de clôture sur l’accord de tonique dans un contexte mineur -.

Aeris - Mesures 11-16

Aeris - Mesures 17-23Durant la section B, le rythme harmonique passe d’une à deux mesures (cfr. mesures 11-14 et 15-22). Ce ralentissement de moitié du rythme harmonique colle parfaitement avec l’aération mélodique qui semble raconter quelque chose sur Aeris. La mélodie, ascendante dans la première partie (mesures 11 à 13) devient ensuite descendante (mesures 15 à 20). Le dernier temps de la mesure 18 fait entendre un la et un fa# qui, de prime abord, ne sont pas des notes d’harmonie. Lors de l’écoute, l’oreille les perçoit comme des notes d’anticipation de l’accord de fa# majeur qui suit. Au niveau de la figuration, la partie ascendante fait majoritairement usage de notes de passage, alors que la partie descendante utilise principalement des appogiatures, notes d’approches placées sur une partie forte de temps. Le passage de section s’effectue au moyen d’une cadence plagale IV – I dans le ton de majeur. La mesure 22 est un tuilage, c’est-à-dire qu’elle est à la fois la fin de la section B et le début de la section C.

Aeris - Mesures 22-32J’ai chiffré au maximum par acquis de conscience, mais il faut reconnaître que la perception de ce passage est plus horizontale que verticale, plus mélodique qu’harmonique. D’après moi, la présence du sol# dans la partie choral n’est ni le résultat d’une modulation, ni d’une dominante secondaire ou d’un accord d’emprunt. Elle est une note note d’enrichissement harmonique et un passage obligé au niveau contrapuntique. Si le sol avait été bécarre, cela n’aurait tout simplement pas sonné.

Qu’il s’agisse d’une neuvième majeure ajoutée, voire de la note caractéristique du mode de fa transposé sur , ce dont je doute, la question du choix entre un sol bécarre et un sol# ne se pose pas dans le contexte. L’aspect ascendant de la ligne mélodique impose ce choix.

Cette fois-ci, un accord sur le deuxième degré en position fondamentale s’intercale entre les accords des premier et quatrième degrés (mesure 30). Les différents sont-ils des notes d’harmonie ou des retards ? Les deux hypothèses sont possibles. Considérer les comme des notes étrangères à l’harmonie me permettrait d’expliquer en détail la cambiata. Ce terme, situé notamment au-dessus des notes sol fa#ré – mi, indique une figure d’écriture contrapuntique qui est un raccourci de la suivante.

Aeris - CambiataLa cambiata supprime la note en rouge, ce qui a pour effet de faire suivre deux notes de figuration. Celles-ci trouvent leur résolution sur la note d’harmonie mi, faisant presque office d’une double approche, la différence se situant dans le fait que la cambiata est toujours précédée d’une note d’harmonie, en l’occurrence sol.

Aeris - Cambiata2

Quelle que soit l’hypothèse privilégiée, ce deuxième degré étend la fonction de sous-dominante à une mesure supplémentaire, puisqu’il est le principal substitut à celle-ci, de par les notes communes qu’il possède avec l’accord de sous-dominante. Par contre, le rapport cadentiel qui en résulte est plus doux que le rapport plagal IV – I, ne serait-ce que par le mouvement conjoint qu’opère la basse, de mi à .

Aeris - DLa quatrième section est une voix seule qui joue la mélodie ci-dessus. Sa première mesure est tuilée avec la dernière mesure de C alors que sa dernière l’est avec le première de A.

Le thème d’Aeris trouve des récurrences dans l’histoire, notamment dans le morceau Flowers Blooming in the Church où la tête du thème est entendu à plusieurs reprises.

Aeris - Flowers Blooming in the Church (extrait)

Le personnage d’Aeris marque les esprits par son caractère doux, alors qu’elle est la descendante d’une puissante race d’Anciens. Elle choisit d’utiliser ses dons pour faire pousser des fleurs dans les terres désolées autour de Midgar. Elle ne recherche pas le pouvoir et ne cultive pas une volonté de revanche à l’égard de ceux qui ont rendu son enfance difficile. Malgré l’humilité dont fait preuve Aeris, le Destin ne la laissera pas vivre en paix. Elle décède durant l’aventure de Final Fantasy VII, assassinée par Sephiroth, sans que le joueur ne puisse rien y faire.

Sources

Aerith Gainsborough [en ligne, réf. du 17 mars 2019], disponible sur https://finalfantasy.fandom.com/fr/wiki/Aerith_Gainsborough

The Midi Shrine [en ligne, réf. du 17 mars 2019], disponible sur http://www.midishrine.com/index.php?console=psx

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